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Rêverive

 

Daniel E. Roy
Éditions Scions, 1994, 57 pages.

(Épuisé)                  


PASSE-MOI UN GUN

Passe-moi un gun

Je vais descendre les marches

Une après l'autre



 

On dit que tout vient à point à qui sait attendre. Pourtant, l'écrivain Daniel Roy se bat depuis longtemps afin d'être reconnu comme poète. Contre vents et marées, l'auteur du Haut-Saint-François a écrit des montagnes de poèmes (paroles de son fils Colin). Malgré cela, il demeure méconnu du public et ignoré du milieu. «Ça fait maintenant 20 ans que je travaille et je ne suis même pas reconnu comme poète dans mon milieu», explique Daniel Roy, visiblement déçu. Cette situation, il l'attribue à ce qu'il appelle le clocher littéraire : «Comme je refuse de me soumettre aux normes et de me conformer, je travaille en solitaire et j'en souffre beaucoup.»

 

Malgré tout, Daniel Roy poursuit son rêve, débourse tout de sa poche...et s'endette. Il publie ses recueils de poésie à compte d'auteur, ce qui lui permet de mettre le nez dans toutes les étapes de la production.

 

Son tout nouveau-né, intitulé Rêverive, arrive après six ans d'absence. Daniel Roy est particulièrement satisfait de ce recueil qui se veut un hommage à son père récemment décédé. Pour l'écriture de ce manuscrit, il ne s'est imposé aucune limite. Sans ambages, il affirme même être allé au bout de ses rêves et de ses fantaisies.

 

Daniel Roy «poétise» et laisse à sa plume le soin de donner aux mots une couleur nouvelle. «Je m'amuse à déformer la langue de Molière. J'aime créer des jeux de mots», explique le poète. D'ailleurs, son imagination n'a pas de bornes. Il s'inspire de tout et de rien, du quotidien, des gens qui l'entourent, de ses enfants...

 

Mille métiers, mille misères

 

C'est bien connu, il est difficile de vivre de la poésie au Québec. Daniel Roy n'a d'autre choix que d'exercer un métier parallèle. Il a été tour à tour commis-libraire, travailleur d'usine, animateur et recherchiste pour la télévision communautaire et travaille maintenant comme éducateur en garderie.

 

Comme il aspire à transmettre sa passion de l'écriture, il a obtenu, en 1992, un baccalauréat en études françaises, assorti d'une mineure en pédagogie. Fait étonnant, il a complété son baccalauréat près de 20 ans après l'avoir commencé, en 1974. Pendant tout ce temps, il a fait l'école buissonnière. «J'avais des choses à dire, des émotions à exprimer. À ce moment-là, l'université, ce n'était pas pour moi. J'ai décroché et j'ai voyagé.»

 

En attendant d'enseigner, il effectue des tournées dans les bibliothèques et les écoles du Québec et de la France. Le poète-conteur initie, en douceur et en humour, les jeunes et moins jeunes aux rudiments de la poésie. Son public n'a pas d'âge.

 

Peu connu et peu apprécié des littéraires, Daniel Roy a néanmoins remporté quelques prix, dont la médaille d'argent de l'Académie internationale de Lutèce à Paris pour son recueil de poésie La Douce Paysanne. Mais l'hommage le plus gratifiant qu'il a reçu demeure selon lui le certificat honorifique que la municipalité d'East Angus lui a décerné en 1987. Sans doute trouve-t-il dans ces marques d'appréciation la détermination nécessaire à poursuivre dans la voie qu'il s'est tracée. À moins qu'il s'inspire d'une dédicace que Gilles Vigneault a écrite dans l'un de ses recueils : «Salut Daniel Roy, continue têtu.»



Marie-Claude Veillette