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IL NE RESTE PLUS RIEN


  ©Maxime Picard

 

 

For words / Propos à vents

 

Sa poésie s’embrase. Surchauffe d’images, bouillonnement de mots, incandescence d’idées, embrasement de formes, ardeur de juxtapositions, personne ne sait ce qui s’est passé, mais une chaleur a tout consumé : maison, meubles, vêtements (les siens et ceux de ses deux enfants), ses livres (ceux des autres et ses œuvres qui n’étaient pas encore épuisées), ses souvenirs et ses chers manuscrits.

 

D'une maison construite de ses mains sur la terre, il ne reste plus rien.De la tôle du toit, du lit au 2e étage, du moulin à café dans la cuisine, à la planche à repasser au sous-sol, tout s’est réduit en ruines carbonisées. Le travail d’une vie immolée sur l’autel d’une quelconque et obscure force d’un dieu maléfique. Pourquoi ces choses arrivent-elles ?

 

«Le temps de tout relativiser. Il n’y avait heureusement personne qui dormait ce soir-là à la maison…Tout ce qui s’est volatisé n’est que du fourbi tralala… J’ai encore ma vitalité, mon énergie créatrice…»

 

À peine le temps de se réinstaller que de vieilles élucubrations affluent dans la tête de notre homme de plume et prennent la forme de ces mots : An-tho-lo-gie ! An-tho-lo-gie ! Pourquoi ne pas rééditer des extraits choisis (the best of comme diraient les Amerloques) de chacun des 14 livres déjà parus ?

 

Je ne suis pas mort, leur rumina Daniel. «Je veux créer de nouvelles strophes, je veux me di-vers-sifier.»

 

Il n’y a pas d’avenir sans avoir eu de passé. En nous redisant d’où tu viens, nous comprendrons mieux où tu t’en vas…Ne reconstruis pas ta maison sans l’avoir posée sur une bonne assise…

  

Comme chacun le sait, un poète est à la merci des mots. Sa poésie antérieure braise encore, c’est pourquoi il leur redonnera une deuxième vie sous ce titre évocateur : Je me censure de moi, qu’il faudra lire en toute quiétude… au coin du feu.


Yves Lebel, 9 mars 2003