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PRIX D'EXCELLENCE

 

Prix d’excellence de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke

Récipiendaire de l'année 2009-2010 :

Daniel Roy, formateur en français, Centre Saint-Michel

 

En quoi cette personne est un modèle dans son milieu ?

 

Daniel Roy, poète de l'Estrie, poète du Centre Saint-Michel. Poète de nous. En personne attachante, il attache ses lettres pour former des poèmes qu'il attache en recueils (il joue du calembour mieux que quiconque). Depuis, ses écrits se promènent entre 1976 et 2007 et un peu partout; 17 recueils de poésie publiés en tout. Des festivals internationaux de poésie, et aussi régionaux, soufflent ses lectures dans le vent libre et rassembleur de la poésie : récipiendaire en 2000 du Grand prix international de poésie roumaine-canadienne Ronald-Gasparic, Iasi (Roumanie). Le 6 mai 2001, il reçoit le Prix littéraire Juges-Lemay décerné par la Société Saint-Jean-Baptiste de Sherbrooke.

 

Participation en 2000 à la Journée mondiale de la poésie à Bucarest (Roumanie)participation en 1999 au 1er Printemps des poètes à Strasbourg (France), participation en 2007 au 1er Festival international de poésie de Paris, etc. Et la mémoire collective déjà fixe son empreinte verbale (entre autres : Dictionnaire Guérin des poètes d'ici de 1606 à nos jours, Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, Dictionnaire des écrivains québécois contemporains, Anthologie de poèmes francophones pour les enfants (entre Leclerc et Vigneault!), Répertoire des écrivains francophones des Cantons-de-l'Est, Les Sentiers poétiques de Saint-Venant-de-Paquette). Il reste un poète d'East Angus, attaché à sa région, têtu et généreux, car il écrit ici pour nous et tous les autres, il écrit sur nous et tous les autres. Il est d'ailleurs cofondateur de l'Association des auteurs et auteures des Cantons de l'Est. Sa persévérance et sa créativité rayonnent, un bagage immense pour un professeur prêt à partager.

 

En quoi cette personne exerce une influence bénéfique sur les élèves ?

 

Ressources d'expressions renouvelables et vitales, à la portée de tous, l'écriture et la parole sont les outils enseignés par Daniel à ses élèves et aux élèves des autres (depuis plusieurs années, il donne un atelier, « La poésie par le jeu et l'humour », dans les écoles primaires et secondaires du Québec et surtout d'ici, un projet soutenu par l'Union des écrivains et écrivaines québécois). Dans son milieu de travail, un centre d'éducation aux adultes, ses interlocuteurs sont d'anciens décrocheurs déçus par l'école, souvent par la vie, ou encore des apprenants venus d'ailleurs, insécurisés par une langue française étrange et difficile. Dans ses nombreux projets de création collective, quand Daniel leur dit qu'ils sont aussi des poètes, il trace un lien de confiance entre eux et la langue; une façon simple de s'approprier un système complexe, de toucher enfin l'inexprimable sans crainte du ressac. Réussite précieuse pour des voix étouffées en mal de mots. La parole brute a sa place, jusqu'à ce que la parole juste et réfléchie lui succède, car le travail de la parole est le quotidien du poète et l'objectif du professeur de français. Daniel ouvre volontiers ses cahiers aux feuilles raturées pour montrer la rigueur d'un travail d'écriture, et bien malgré lui, il se pose en exemple de persévérance, en exemple de passionné. Et les créations des étudiants finissent toujours par être exposées fièrement quelque part, aux yeux et aux oreilles des autres. Petite valorisation immense. Ses élèves l'élèvent, se souviennent.

 

Décrire l'engagement, la passion et l'impact sur les élèves, les parents, les collègues de cette personne.

 

Enveloppé de ses draps-pages-manuscrits, armé de rouges-à-lèvres-crayons, la liberté est dans ses gestes et ses mots, mais surtout la liberté est contagieuse. Autour de lui, Daniel donne envie des mots, parce que la joie frise de partout. Plusieurs se lancent avec lui, courageusement et allègrement, dans ses activités créatrices et libératrices. Le poète a appris qu'il faut oser et persévérer et il s'engage quotidiennement à transmettre cette leçon à ses étudiants aux mille horizons. Voir Daniel traîner ses cahiers, éparpiller des poèmes dans les pigeonniers de ses collègues, corriger des épreuves de temps à autre et finalement publier à compte d'auteur de la poésie, ça ne peut que susciter l'admiration. Il nous montre que la passion nourrit le travail qui mène à l'essentiel; chercher à comprendre le monde, à être soi-même et à se rapprocher de l'autre. Et c'est avec ce double engagement, de poète et de professeur, que Daniel ouvre à ses élèves les discussions sur l'état de la liberté, de l'art, de l'immigrant, etc., convaincu qu'il est que c'est par les mots qu'il faut commencer à comprendre le monde, à être soi-même et à se rapprocher de l'autre. Apprendre à s'écouter et à se parler.

 

Exposer les principales réalisations de cette personne qui font appel à l'audace, au courage et à la créativité.

 

Notre poète en résidence tient un chevalet avec une tablette de feuilles de papier dans sa classe. Quiconque peut écrire pour être lu. Il incite les élèves à composer des textes dans leur langue et à ensuite les traduire avec l'aide des autres, il conseille, ramasse le tout, le relie et voilà le livre qui se pointe fièrement dans les mains de chacun des auteurs, maintenant aussi liés les uns aux autres que leurs papiers (il y a environ une création collective imprimée chaque année). Notre poète en résidence maintient son cran avec une ferme intention d'anéantir l'image rébarbative de la poésie. Il s'expose dans tous ses mots, se sacrifie publiquement pour rétablir les faits, la folie et la bonne humeur.



Sara Richard, professeure de français, Centre Saint-Michel, Sherbrooke, 17 mars 2010